Abattoirs du Québec

Une situation peu reluisante à l'égard des animaux.

Le bref portrait dépeint par Fabien Deglise dans son article
intitulé «Mauvaises notes pour plusieurs abattoirs québécois»
dévoile en partie l'univers hostile d'un «animal de boucherie» au
Québec. Trop peu diffusée, cette réalité difficile d'accès prouve
que leur situation est en effet peu enviable, mais, par chance,
nous en sommes de plus en plus conscients. C'est alors qu'il est
possible de la changer.

Il est bien connu que notre province a un dossier assez noir en
ce qui concerne la condition de vie de bêtes. D'ailleurs, en 2002,
une équipe venue d'Europe a enquêté sur les encans par
lesquels transitent chaque année des dizaines de milliers
d'animaux, et la conclusion qu'ils en ont tirée a attisé les foudres
du Vieux Continent vis-à-vis notre façon de faire.

Ayant personnellement visité quelques-uns de ces
établissements, je peux vous affirmer que ce que j'ai vu ne m'a
pas rassurée: les besoins en eau et en nourriture des animaux
n'étaient pas comblés et, en plus, aucune ventilation n'était en
place pour assurer une bonne qualité de l'air alors qu'il faisait
tout près de 30 °C à l'extérieur. Le bilan serait-il différent
maintenant? Permettez-moi d'en douter.

Aucun progrès en vue

Malgré tous les signes de protestation, le gouvernement du
Québec ne paraît pourtant pas progresser dans ce dossier. À ce
jour, aucune loi n'a été promulguée pour protéger ces êtres
vivants qui, ne l'oublions pas, peuvent également souffrir.
Quelques modifications ont été apportées à la Loi sur la
protection sanitaire des animaux afin de mieux protéger nos
chats et nos chiens, mais il y est toujours précisé, dans la
section portant sur leur sécurité et leur bien-être, que «malgré
les dispositions de la présente section, demeurent permises,
sur les animaux: les activités d'agriculture, d'enseignement ou
de recherche scientifique pourvu qu'elles soient pratiquées
selon les règles généralement reconnues».

Au Canada, le gouvernement a érigé certains codes de pratiques
recommandées, mais leur application repose entièrement sur la
bonne volonté de l'éleveur. Alors, quelles sont ces «règles
généralement reconnues» dont nous parle la loi? Nul ne le sait...
À chacun sa propre interprétation.

Au niveau fédéral, le Règlement sur la santé animale, contenu
dans la loi du même nom, impose une marche à suivre,
notamment durant le transport. Cependant, aucune quantité
d'eau ou de nourriture précise n'est à respecter, l'espace
convenable pour chaque animal n'est pas déterminé et le
vocabulaire employé laisse une grande marge de manoeuvre au
contrevenant. Des termes comme «suffisant» ou «adéquat»
n'expliquent en rien les dispositions à prendre pour s'assurer
que les besoins réels de l'espèce qu'il transporte seront
satisfaits. Le nombre maximal d'heures pendant lesquelles ces
animaux peuvent être enfermés varie entre 36 et 52 heures,
mais on n'y fait mention d'aucune escale. Des conditions plutôt
souples!

Selon le dossier qu'a obtenu M. Deglise par l'Agence canadienne
d'inspection des aliments (ACIA), le bien-être des animaux n'est
pas une priorité au sein des abattoirs québécois. Si les
inspecteurs ont pu observer de telles pratiques, que doit être la
situation lorsqu'ils n'y sont pas?

Les pressions de l'industrie

Néanmoins, est-ce là une solution viable que de légiférer sur la
manière dont l'industrie traite et exploite les animaux? La
pression qu'exerce son puissant lobby sur les élus résulte en la
promotion de lois bien peu efficaces, que ce soit à l'égard du
bien-être animal ou de l'environnement.

Exemple frappant: il y a un peu plus de deux ans avait lieu la
consultation du BAPE sur le développement durable de la
production porcine. Plus de 400 mémoires ont été déposés et
les recommandations émises par les commissaires demeurent
sans équivoque: le système actuel doit progresser et prendre
en compte les conséquences regrettables tant sur les
écosystèmes aquatiques et terrestres que sur la vie des
citoyens avoisinant les fermes.

Étonnamment, dès décembre prochain, le moratoire sur
l'installation de nouvelles productions porcines sera levé, et ce,
même dans les régions saturées. Une fois de plus,
l'assouplissement d'une réglementation s'effectue au détriment
de l'environnement et de la population. Comme le fait valoir
l'Union paysanne dans un communiqué, «il est honteux que les
recommandations du BAPE soient jetées à la poubelle après un
an de travail et 400 mémoires. [...] L'Union paysanne et l'Union
citoyenne paysanne (organismes affiliés) déposent donc leurs
mémoires et accusent le gouvernement d'abandonner les
populations rurales aux intérêts de l'industrie porcine, au mépris
des mécanismes démocratiques comme le BAPE, et [de
provoquer] ainsi un grave bris de confiance auprès des
citoyens».

Consommation responsable

Que nous faut-il faire si même les manifestations pacifiques,
l'appui majoritaire de la population et la rédaction de travaux
scientifiques ne suffisent plus pour convaincre notre
gouvernement? Peut-être en sommes-nous finalement rendus à
la consommation responsable, au vote par le biais des produits
achetés et ingérés quotidiennement...

Puisque le profit est au centre des préoccupations, n'est-il pas
illusoire de rêver d'établissements où les animaux pourraient
exprimer leurs comportements naturels dans un environnement
sain où ils ne seraient jamais maltraités? Les coûts associés à un
tel développement se révéleraient exacerbés. Le consommateur
est-il prêt à débourser beaucoup plus pour un simple morceau
de viande alors que, sur la tablette du dessus, de délicieux
produits à base de soja et de tofu l'attendent?

Peter Singer, philosophe australien et auteur du très populaire
bouquin Animal Liberation, l'a souligné il y a quelques années
déjà: «Ce que nous devons faire, c'est intégrer les animaux non
humains dans notre sphère de préoccupations morales et
cesser de voir en leurs vies des articles de consommation que
nous serions fondés à sacrifier pour tout motif, aussi futile
soit-il.»

La société est appelée à changer, et un régime alimentaire
végétarien, en plus d'aider à enrayer une cruauté répandue et
injustifiable, favorisera une meilleure protection de notre
environnement et contribuera à une vie plus paisible pour tous
les citoyens. «Manger, c'est voter trois fois par jour!»

source
Pour voir le
documentaire
LA FACE CACHÉE
DE LA VIANDE,
 
des productions J

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LE TRANSPORT DES ANIMAUX vers l'abattoir

Le Canada permet que les animaux de ferme soient
transportés pendant de longs voyages sans alimentation, ni
eau ni repos. Affamés et assoiffés, tassés dans des camions
trop petits, forcés de s'étendre ou de rester debout dans
leurs excréments par des températures élevés, ils souffrent
beaucoup. Le fait que des millions d'animaux arrivent dans
les abattoirs morts, malades et blessés ne devraient pas
nous surprendre.

Les règlements de la Loi sur la santé des animaux
permettent de transporter les chevaux, les porcs et les
volailles pendant 36 heures sans nourriture, eau et sans
devoir les décharger pour les laisser se reposer. Pour les
bovins, les moutons et les chèvres, la limite est de 52
heures. Pour les millions d'animaux qui sont exportés
chaque année, l'horloge est remise à zéro lorsqu'ils
traversent les frontières nationales et un nouveau voyage
commence en fonction des lois en vigueur dans le pays
d'importation.